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Assistance sexuelle et handicap : briser l’interdit au Canada

Au Canada, l’assistance sexuelle demeure illégale, malgré des besoins réels et largement ignorés. Une série documentaire et des témoignages relancent le débat : décriminaliser pour mieux protéger, encadrer et respecter.

Photos gratuites de #intérieur, à l'intérieur, affection
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cottonbro studio © Pexels

Un besoin fondamental… criminalisé

Au Canada, une réalité demeure largement taboue : des personnes en situation de handicap ont des besoins affectifs, sensuels et sexuels — comme tout le monde. Pourtant, lorsqu’elles cherchent à y répondre via une assistance sexuelle, elles se retrouvent dans une zone grise qui peut les transformer, légalement, en criminels.

C’est ce que raconte Marc-Olivier, un jeune homme qui n’avait jamais fait l’amour avant de recourir à l’assistance sexuelle. Il témoigne à visage découvert dans Toucher, une série documentaire d’AMI-télé. Son parcours illustre une tension brutale : d’un côté, un besoin humain de proximité, de toucher, d’intimité ; de l’autre, une législation qui rend cette démarche illégale.

Pourquoi l’assistance sexuelle existe

Dans le reportage, Marc-Olivier explique qu’il a longtemps intériorisé une vision péjorative de ce recours, notamment à cause du tabou et de l’absence de discussion publique. Il découvre ensuite des modèles à l’international où l’assistance sexuelle est décriminalisée et mieux encadrée.

La travailleuse du sexe Sonia von Sacher — spécialisée auprès des personnes en situation de handicap — insiste sur un point central : l’accompagnement ne se résume pas à un acte sexuel. Lors de la première rencontre, ils ont d’abord pris un verre et fait connaissance, comme un rendez-vous classique. L’idée : créer un cadre sécurisant, respectueux, progressif.

Ce détail est essentiel : il montre que la demande d’assistance sexuelle est souvent aussi relationnelle qu’intime.

Des obstacles structurels à la vie affective

Le texte souligne également une réalité très concrète : les obstacles à la rencontre amoureuse sont souvent structurels.
Les bars et lieux de rendez-vous sont rarement accessibles. Les transports adaptés peuvent être compliqués. Les applications de rencontre ne suffisent pas quand le monde physique reste rempli de barrières.

Dans ce contexte, certaines personnes vivent une solitude intime profonde — parfois aggravée par l’impossibilité même de se masturber, selon le type de handicap. Cela transforme l’exposition à la sexualité (comme la pornographie) en expérience douloureuse plutôt qu’en échappatoire.

Un appel à la décriminalisation

Marc-Olivier a choisi de témoigner publiquement pour faire bouger la législation canadienne et déconstruire un mythe : celui qui associe handicap à vulnérabilité permanente, ou à absence de désir.

Son message est clair :

« Être handicapé, ce n’est pas être captif, ce n’est pas être une victime. »

La décriminalisation, selon les personnes citées, permettrait surtout un encadrement plus sécuritaire :

  • formations adaptées (ex. transferts sans blessures)

  • accès facilité à des intervenants identifiés

  • réduction des risques pour toutes les parties

Autre point important : même les professionnels de santé consultés (travail social, physiothérapie, ergothérapie) abordent très peu le bien-être sexuel. Et lorsqu’ils le font, ils ne peuvent pas recommander l’assistance sexuelle, puisque la pratique est illégale.

Un enjeu de société qui concerne beaucoup plus de monde qu’on le croit

Le texte rappelle une statistique majeure : selon des données gouvernementales canadiennes, 27% de la population est en situation de handicap. Cela signifie que ce sujet n’est pas marginal : il touche des millions de personnes, et potentiellement n’importe qui, à n’importe quel moment de sa vie.

Vers une approche plus digne et inclusive

Au fond, l’article pose une question simple mais puissante :
si l’on reconnaît l’autonomie, la citoyenneté et la dignité des personnes handicapées, pourquoi leur intimité serait-elle exclue du débat ?

Parler d’assistance sexuelle, ce n’est pas “choquer”.
C’est reconnaître une réalité.
Et surtout : ouvrir la porte à des solutions encadrées, éthiques et sécuritaires, plutôt que de maintenir un silence qui laisse les personnes concernées seules, invisibles, et sans droits.


Sources (URLs cliquables)

 

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