Ni vues, ni connues : l'invisibilité de l'abus des femmes en situation de handicap

Encore plus exposées à la violence, les femmes handicapées sont tues et inécoutées.

Selon l'Organisation des Nations Unies, les filles et femmes à handicap font face à dix fois plus de violence sexuelle que leurs consoeurs valides. Isabelle Dumont, chargée de mission à l’association Femmes pour le dire, Femmes pour agir (FDFA), nuance ces statistiques : « Elles sont banalisées comme tout ce qui concerne le handicap dans la société. La question des violences faites aux femmes handicapées est invisibilisée de la même façon que les femmes handicapées sont invisibilisées. Ce sont pourtant des violences que certaines subissent du berceau à la tombe. »

Malgré le fait que les femmes à handicap sont plus exposées aux violences, elles ne sont pas plus écoutées ni protégées. Par exemple, le mouvement #MeToo semble les avoir négligées. Nous allons tenter d'en comprendre les raisons. 

Tout d'abord, les femmes en situation de handicap sont considérées comme proies faciles. Les agresseurs, que ce soit en commettant de l'inceste, des attouchements ou des viols, savent qu'elles sont seules ou sans défense et qu'ils ont très peu de risque d'être attrapés ou punis. 

De telles expériences isolent la victime encore plus de la société et lui font perdre confiance en elle. Cela mène à un sentiment constant d'insécurité sociale, de stress aigu et d'hypervigilance. La psychiatre, Diane Samama illustre ces propos : "Les gens seront toujours un peu sur le qui-vive et en alerte par rapport au danger. Il peut aussi y avoir des comportements d’évitement : comme des femmes qui se gardent de côtoyer des hommes quand l’agression a été commise par un homme, des personnes qui évitent de sortir de chez elles." Cependant, sortir de chez soi, rencontrer de nouvelles personnes et acquérir de l'autonomie, tout cela fait partie de la socialisation d'une personne en situation de handicap...

Enfin, l'un des possibles obstacles au #MeTooHandicap provient d'un manque d'éducation et d'accès aux réseaux sociaux. En effet, il existe des campagnes de sensibilisation dans les établissements scolaires ordinaires mais pas dans les écoles ou centres spécialisés. Concernant les réseaux sociaux, les femmes en situation de handicap n'y sont pas régulières. C'est pourquoi des initiatives de partage de hashtags tels que #IncesteHandicap ne fonctionnent pas.