Notre société est malade de sa non-inclusivité

Notre asbl est partie à la rencontre de Stéphane Camut, ergothérapeute mais également référent inclusion pour la Haute École Libre Ilya Prigogine, située à Bruxelles.


Grâce à son expertise paramédicale et pédagogue, nous avons placé la société belge sur la table d’examen, nous avons mis en exergue ses symptômes, cherché les causes de ses maux et pensé sa thérapie pour la guérir de son handiphobie. 

Une société effrayée de sa propre diversité


Notre société divise les citoyen·ne·s selon leurs différences à coups d’étiquettes et de diagnostics médicaux.  Notre interviewé nous explique:
Ce n’est pas de notre état dont on est dépendant·e·s, c’est de la manière dont l’autre veut bien nous ouvrir la porte. Mais pourquoi la différence fait-elle tant peur ? Pourquoi notre société souhaite à tout prix “réparer ce qui ne va chez l’autre” ? Pourquoi faut-il être confronté·e au Handicap pour y être ouvert·e et familier·ère ? 

Stéphane justifie ce phénomène par une méconnaissance des handicaps, une méconnaissance qu’il déplore. Notre société n’est pas éduquée et habituée à côtoyer la différence. Le·la citoyen·ne se retrouve donc couramment en plein désarroi face à celle-ci:
Que dire ? Que faire ? Avoir peur ? 

Et si on apprenait la différence à la crèche ?

Notre pays, au contraire d’autres pays telles que la France et l’Italie où l’enseignement spécialisé n’existe pas, dispose de huit types d'enseignements spécialisés pouvant mener à une discrimination dès le plus jeune âge. Lorsque l’inclusion est apprise et acquise dès la maternelle, voire dès la crèche, ces jeunes apprennent que l’autre au travers de ses différences à de nombreuses choses à apporter.  Les études le confirment: la mixité est bénéfique pour tous et toutes. Mais attention, créer un socle de valeurs commun et valoriser l’inclusion ne veut pas dire pour autant supprimer l’enseignement spécialisé car certains jeunes ne s’épanouiraient dans l’enseignement ordinaire. Cependant, des initiatives innovantes et hybrides peuvent voir le jour telle que l’organisation d’une semaine de classe verte mélangeant une classe de l’ordinaire et une autre du spécialisé. Stéphane développe: Peut-être faudrait-il aussi se pencher sur les missions de l’École. N’est-elle que le lieu d’apprentissages de savoirs, certes importants ? ou serait-ce aussi l’endroit où chacun  pourrait trouver une place, sa place, au milieu des autres ? Permettrait-elle de faire avancer chacun, même de manière différente ? Obtenir  un diplôme serait la finalité ? ou peut-on imaginer que cette École soit un levier pour permettre à chacun de suivre un chemin selon ses capacités, vers une issue différente des autres ?

Une société qui s’octroie le droit de penser à la place de…


Dans notre société, il est, malheureusement, bien trop commun de penser à la place des personnes en situation de handicap sans considérer qui elles sont au-delà d’un diagnostic médical. Or, en médecine, le·la patient·e devrait être partenaire de son traitement. Cette démarche humaniste, ancrée dans l’identité professionnelle des ergothérapeutes, doit se propager aux autres professions pour améliorer la qualité des soins offerts aux patient·e·s d’une manière transversale. La personne en situation de handicap devrait également être partenaire de l’élaboration des lois la concernant. Effectivement, avant d’implémenter une mesure, de publier une loi, il est fondamental de se retrouver autour de la table avec les personnes concernées, ces mêmes personnes qui sont les plus à mêmes d’identifier leurs obstacles et de proposer des pistes de solutions adaptées. 

Une société qui ne pense pas ou qui pense mal l'accessibilité 


Lorsque l’on pense à l’accessibilité, nous pensons à l’accessibilité du bâti. Il y a plus de 20 ans, était publié le RRU, le Règlement Régional d’Urbanisme. Ce dernier établit des normes en matière d'accessibilité. Et pourtant, deux décades plus tard, l’accessibilité ne fait toujours pas loi, soulevant un réel manque de volonté. De plus, l’accessibilité des services est rarement questionnée et débattue:
Il faudrait une fois compter, dans les services communaux à Bruxelles, combien de personnes sont capables de comprendre la langue des signes s’exclame Stéphane. 

Notre interviewé invite les festivals, les marchés communaux, les cabinets gynécologiques…à être accessibles: Involontairement, on prive beaucoup de personnes de nombreux droits, notamment des droits au divertissement, à l’amusement, aux loisirs, à la Culture, à la santé ! Ne pas pouvoir participer est un enjeu de qualité de vie qui va déboucher sur de l’isolement. Il faut leur permettre de jouir de leur droit à la vie commune.

Adieu la bienpensance et les codes de bienséance


Et si la solution à tous ces maux étaient une démarche personnelle que chaque citoyen·ne est en mesure d’entreprendre: s’ouvrir à la différence, questionner son indifférence, oublier ses peurs, laisser tomber ses a prioris quitte à bousculer sa bienpensance et les règles préétablies de “bien” vivre-ensemble.  

Lorsqu'on accepte l’autre pour ce qu’il est dans sa différence, on peut rire, on peut se disputer, on peut oser se tromper, on peut arrêter de se perdre en excuses, en pitié ou en superlatifs et on peut être égaux·ales. 

La différence ne doit ni être guérie ni éradiquée, la discrimination si.